Collectanea Christiana Orientalia 21 (2024): 73-96
Charbel Nassif
Institut d'Études Sud-Est Européennes - Bucarest
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle
au Monastère Saint-Jean-Baptiste à Khenchara – Mont Liban
L’imprimerie a joué un rôle important dans l’histoire de l’édition des livres religieux au sein
du monde arabe chrétien. Avant l’avènement de cette technique d’impression, la
reproduction des textes religieux était laborieuse et souvent sujette à des erreurs de copie.
Cependant, avec l’introduction de l’imprimerie, un nouveau chapitre s’est ouvert pour les
communautés chrétiennes arabophones, leur permettant de diffuser plus largement leurs
livres de prières et de catéchisme dans leur langue maternelle. Cette avancée technologique
a non seulement facilité l’accès aux textes sacrés, mais a également favorisé la préservation
et la transmission des traditions liturgiques au fil des générations.
Cet article vise à présenter le fonds livresque de l’imprimerie fondée par l’alépin ʿAbd
Allāh Zāḫir
1
(1684-1748) au monastère Saint-Jean-Baptiste à Khenchara au XVIII
e
s.,
maison mère de l’Ordre basilien choueirite. Bien que cette imprimerie soit affiliée à la
communauté grecque catholique résultant du schisme de 1724 au sein du patriarcat melkite
d’Antioche, elle entretient des liens intrinsèques directs avec l’imprimerie d’Alep et des liens
indirects avec l’imprimerie en Roumanie (Snagov, Bucarest). Au cours de cet article, nous
retracerons l’histoire de l’imprimerie de Khenchara et de ses antécédents. Ensuite, nous
explorerons les thèmes littéraires abordés par cette imprimerie, puis nous procéderons à
une étude iconographique des gravures, afin de conclure par une analyse synthétique sur
l’ornementation des livres imprimés à Khenchara.
Cet article fait partie du projet financé par le Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du
projet de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (accord de subvention No
883219-AdG-2019 – Project TYPARABIC).
1
Sur la biographie de ʿAbd Allāh Zāḫir et l’histoire de son imprimerie cf., Paul Bacel, « Abdallah Zakher.
Ses premiers travaux (1680-1722) », Échos d’Orient 71 (1908), pp. 218-226 ; Paul Bacel, « Abdallah Zakher
et son imprimerie arabe », Échos d’Orient 72 (1908), pp. 281-287 ; Paul Bacel, « Dernières années
d’Abdallah Zakher », Échos d’Orient 73 (1908), pp. 363-372 ; Yūsuf Ḧāyiġ, « Tarğamat ḥayāt al-faylasūf al-
šammāsʿAbd Allāh al-Zāḫir », Al-Masarrah 34 (1948), pp. 385-396 (c’est l’édition du manuscrit Harissa,
Bibliothèque Saint-Paul 209, fol. 21v-33v qui relate la biographie de Zāḫir rédigée par son disciple
Yuwākīm Muṭrān) ; Aṯanāsiyṣūs Ḥāğ, Al-ruhbāniyyah al-bāsīliyyah al-šuwayriyyah (al-ḥalabiyyah – al-baladiyyah) fī
tārīḫ al-kanīsah wa-l-bilād (Jounieh : Maṭābiʿ al-Kraym al-Ḥadīṯah, 1974), pp. 423, 531-538, 551-554 ; Joseph
Nasrallah, Histoire du mouvement littéraire dans l’Église Melchite du V
e
au XX
e
siècle, vol. IV/2 (Louvain :
Peeters, 1989), pp. 111-114 ; Joseph Abou Nohra, « La première imprimerie au Liban à caractère arabes
(1733). Les origines et le rayonnement culturel », Parole de l’Orient 28 (2003), pp. 703-719; Būlus Nazhā,
250 ʿam
an
alā wafāt al-šammās al-ʿallāmah ʿAbd Allāh zāhir 1848-1998 mu’assis al-maṭbaʿah al-ʿarabiyyah al-ūlā
(Khenchara : Monastère Saint-Jean, 1998) ; Joseph Elias Kahalé, Abdallah Zakher. Philosophe, théologien et
fondateur de l’imprimerie arabe en Orient. Son époque. Sa vie. Ses œuvres (Paris: s.d., 2000). Ronney El-Gemayel,
« ʿAbd Allāh Zākhir », in : David Thomas, John Chesworth, Christian-Muslim Relations. A Bibliographical
History, vol. 12 (Leiden : Brill, 2018), pp. 101-107.
Charbel Nassif
64
Les melkites et l’imprimerie : De la Roumanie en Syrie
Dès 1685, le patriarche melkite Aṯanāsiyūs Dabbās entretenait de bonnes relations avec le
prince de la Valachie Constantin Brancovanu qui s’intéressa à la situation des melkites au
Proche Orient. À sa demande, Branconvanu finance l’impression de deux livres
liturgiques :
2
le liturgicon en 1701 à Snagov et l’horologion en 1702 à Bucarest.
3
Ceci
marqua un tournant important vers la réalisation d’un désir ancien du clergé melkite : celui
de rendre accessibles aux prêtres de Syrie et du Liban des livres de prière dans la langue du
peuple, c’est-à-dire l’arabe. En 1704, Aṯanāsiyūs Dabbās emporte avec lui de la Roumanie à
Alep, les outils typographiques utilisés pour les deux premiers livres et continua dans cette
ville l’activité commencée en Valachie.
4
Entre 1706 et 1711, douze livres religieux furent
imprimés en caractères arabes à Alep : un psautier (1706), un évangéliaire (1706), un
évangéliaire avec des commentaires (1706), un livre d’homélies de saint Jean Chrysostome
(1707), un épistolier (1707), un évangéliaire (1708), un évangéliaire avec des commentaires
(1708), un livre des prophéties (1708), encore un psautier (1709), un livres des homélies
d’Athanase patriarche de Jérusalem (1711), le paraclitique (1711) et un livre sur la pénitence
et la confession (1711).
Cette liste de livres met en évidence que l’objectif principal de l’imprimerie d’Alep était
clairement de produire en priorité des ouvrages liturgiques, et des homélies destinées à
l’usage religieux et spirituel de la communauté melkite.
De 1745 à 1747, quatre livres furent imprimés au monastère Saint-Sabas de Iassy en
Moldavie par le Patriarche grec orthodoxe d’Antioche Silfastrūs :
5
le liturgicon ou al-qundāq
(1745), kitāb qaḍā al-ḥaqq wa-naql al-ṣudq suivi de risālāh muḫtaṣarah fī al-radd ʿalā ʿadam ġalaṭ
bābāwāt Rūmiyah (1746), kitāb al-ʿaša al-rabbānī
6
(1747), les travaux de deux synodes réunis à
Constantinople en 1723 et 1727 concernant la propagation du catholicisme parmi les
melkites antiochiens (1747).
2
Le premier livre arabe imprimé au monde est un horologion (kitāb ṣalāt al-sawāʿī). Il a été imprimé à Venise
en 1514 pour les chrétiens de Syrie. Voir, Charbel Nassif, « Kitāb ṣalāt al-sawāʿī (1514). Le premier livre
arabe imprimé au monde », in : Rami Wakim, C. Nassif, Facsimile Kitāb ṣalāt al-sawāʿī (Raboueh : Patriarcat
grec melkite catholique, 2024).
3
Dès le XVII
e
siècle, les patriarches melkites Aftīmiyūs Karma et Makāriyūs Ibn al-Zaʿīm ont également
pris contact avec Rome pour l’impression de l’euchologe et de l’horologion sans résultat. Cf. Charbel
Nassif, « Autour de l’euchologe melkite de Malatios Karmé», Proche-Orient chrétien 98 (2018), pp. 46-61.
4
Pour un aperçu d’ensemble sur l’histoire de l’imprimerie arabe chrétienne dans le monde ottoman, cf.
Ioana Feodorov, Arabic Printing for the Christians in Ottoman Lands. The East-European Connection (Berlin: De
Gruyter, 2023). Voir également Ioana Feodorov, « Livres arabes chrétiens imprimés avec l’aide des
principautés roumaines au début du XVIII
e
siècle. Un répertoire commenté », Chronos 34 (2016), pp. 7-49 ;
Virgil Cândea, « Dès 1701 : Dialogue roumano-libanais par le livre et l’imprimerie », in : Camile
Aboussouan (dir.), Le livre et le Liban jusqu’à 1900 (Paris : AGECOOP, 1982), pp. 283-291.
5
Cf. Ioana Feodorov, “Sylvester of Antioch’s Arabic Books Printed in 1747 at Bucharest”, Scrinium 19
(2023), pp. 5-27.
6
C’est la traduction arabe de l’ouvrage d’Eustratios Argentis sur le sacrement de l’Eucharistie et sur la
controverse entre orthodoxes et catholiques concernant l’azyme.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
65
À l’exception du premier ouvrage, les publications issues de l’imprimerie d’Iassy sont
des écrits de controverse visant à défendre la foi orthodoxe tout en critiquant la foi
catholique. Rappelons que le patriarche Sylvestre est le premier patriarche orthodoxe issu
de la scission du patriarcat melkite en 1724. Le parti catholique choisit Sārāfīm Ṭanās
comme patriarche, qui a pris le nom de Kirillus.
ʿAbd Allāh Zāḫir : d’Alep à Khenchara
ʿAbd Allāh Zāḫir peut être considéré parmi les grandes figures des melkites procatholiques
du XVIII
e
siècle. Originaire de Ḥamah, il est né à Alep en 1684. Son père Zaḫariyyah
travaillait dans la joaillerie d’où son nom de famille al-Ḧayiġ. ʿAbd Allāh est surnommé
Zāḫir en raison de l’étendue de ses connaissances et de sa grande érudition. Il avait reçu sa
formation intellectuelle dans sa ville natale où il poursuivait, avec son cousin Niqūlā al-
Ḧayiġ, futur supérieur général de l’Ordre basilien choueirite, des études de grammaire et
littérature arabes chez le cheikh Sulaymān Al-Naḥwī (m. 1728) et des études en philosophie
et en théologie chez le Père Yūhannā Bajaʿ (décédé au début du XVIII
e
siècle) et Buṭrus al-
Tulāwī (1655-1745). Sa maîtrise incontestée de l’arabe lui valut une étroite collaboration
avec les missionnaires jésuites – particulièrement le Père Pierre Fromage (1678-1740) - qui
l’employèrent pour corriger leurs traductions arabes d’œuvres catholiques. Il semble que
Zāḫir opta pour le catholicisme après avoir lu la traduction arabe de l’ouvrage de Maxime
de Péloponnèse intitulé kitāb al-silāḥ al-qātiʿwa-l-sayf al-murhaf al-lamiʿ.
7
Il a collaboré avec le
patriarche Dabbās dans la transcription des manuscrits et surtout dans l’imprimerie arabe
d’Alep qui l’a apporté de la Roumanie. La biographie de Zāḫir note que:
Il a fondé une imprimerie dans la ville d’Alep avec l’aide de son frère, il a gravé les
matrices les poincons, les caractères et tous ses instruments. Il a imprimé de
nombreux livres, tout cela sans avoir observé d’autres imprimeries et sans que
personne ne les ait guidés dans ce travail.
8
Cette assertion est indubitablement exagérée. Il est bien connu que Dabbas ait ramené avec
lui de Bucarest, la presse avec d’autre outils essentiels, et que les matrices et les caractères
furent fabriquées à Alep. Anthime d’Ibère ou d’autres typographes tels que Mihai, fils de
Stephan, disciple d’Anthime, ou Syméon se seraient rendus à Alep pour réinstaller cette
imprimerie. C’est dans ce contexte que Zaḫir a pu mettre en valeur ses talents d’artiste et de
savant pour graver les matrices et fabriquer les nouveaux caractères arabes comme l’atteste
Virgil Cândea.
9
7
La version grecque fut publié par Dosithée à Bucarest.
8


9
Cândea, « Dialogue roumano-libanais par le livre et l’imprimerie », p. 287.
Charbel Nassif
66
Ses bonnes relations avec Dabbās durèrent jusqu’en 1722. En cette année, Le patriarche
Dabbas avait pris part au synode anti-latin
10
tenu à Constantinople. Zāḫir composa un
ouvrage contre ce synode intitulé : Al-tafnīd fī al-maǧmaʿ al-ʿanīd (réfutation du synode entêté).
11
De retour à Alep, Dabbās commença à persécuter les procatholiques. ʿAbd Allāh Zāḫīr fut
obligé de quitter Alep en novembre 1722 et fit plusieurs séjours au monastère Saint-Jean-
Baptiste à Khenchara, au couvent maronite de Louaïzé et au couvent des jésuites à
Aïntoura où résidait le Père Pierre Fromage. Durant son dernier séjour au couvent Saint-
Jean, Zāḫir commença à construire une grande salle pour abriter une imprimerie. Il y
retourna définitivement en 1731 et acheva la mise en place de l’imprimerie en 1733.
Les Annales choueirites
12
relatent qu’en 1727, Zāḫir prit la décision d’établir une
imprimerie et se rendit à Alep pour acquérir les équipements nécessaires.
13
Cette déclaration
pourrait suggérer que certaines des polices de caractères et des matrices utilisées par Zāḫir
semblent avoir été transmises d’Alep à Khenchara.
D’après la biographie de Zāḫir, après avoir quitté Alep, Zāḫir s’installa dans l’un des
villages de Kesrouan au Liban, où il entame la création de sa propre imprimerie avec le
soutien d’un joaillier. De retour à Khenchara, il transporte avec lui ce qu’il avait déjà
accompli et achève la mise en place de l’imprimerie.
14
Les Annales choueirites ajoutent que
son cousin, le Père Niqūlāwus Ḧāyiġ, a assigné le moine Yuwākīm Muṭrān pour assister
Zāḫir dans l’établissement de l’imprimerie.
15
L’imprimerie est active entre 1733 et 1899.
Nous comptons 33 livres publiés par cette imprimerie dont 22 au XVIII
e
s. Certains livres
ont été réédités plusieurs fois selon le besoin.
Corpus du XVIII
e
siècle
10
Ce synode a été présidé par le patriarche œcuménique Jérémie III avec la participation du patriarche
d’Antioche Aṯanāsiyūs Dabbās, du patriarche de Jérusalem Chrysanthe I
er
et de douze évêques. Il visait à
combattre les idées propagées dans le livre d’Aftīmiyūs Ḧayfī Al-dalālah al-lāmiʿah. Le synode de
Constantinople dresse un formulaire de foi mettant en évidence les points fondamentaux séparant les
deux Églises grecque et latine. En 1723, Dabbās les traduisit en arabe, tout en les abrégeant, et les envoya
à Alep. Asad RUSTUM, Kanīsat Madīnat Allāh Anṭākyah al-ʿuḏmā 3, (Jounieh : Al-Maṭbaʿah al-Būlusiyya
1988), p. 132 ; Aurélien Girard, Le christianisme oriental (XVII
e
-XVIII
e
siècles). Essor de l’orientalisme catholique
en Europe et construction des identités confessionnelles au Proche Orient, Thèse de doctorat, École Pratique des
Hautes Études, Paris, 2011, pp. 535, 620, 624, 640.
11
Composé en 1723 à Khenchara, cet ouvrage traite des questions débattues entre l’Église grecque et
l’Église latine. Il est constitué d’une préface, de trois chapitres et d’une conclusion. Il défend la primauté
romaine, le filioque, le pain azyme, le purgatoire et la vision béatifique des saints. Zāḫir en composa aussi
un abrégé qui fut édité deux fois à l’Imprimerie catholique en 1865 et 1884.
12
Les Annales choueirites sont un long récit qui détaille, année par année, les grands événements concernant
l’histoire de l’Ordre basilien choueirite, le patriarcat d’Antioche, plusieurs archevêchés ainsi que l’histoire
civile. Cf. Charbel Nassif, « La scission de 1724 et ses répercussions jusqu’en 1729 racontées par les
Annales chouérites », in : Ronney El-Gemayel, Bernard Heyberger, La division du patriarcat grec d’Antioche -
Trois siècles plus tard (1724-2024) - Rétrospectives et prospectives (Beyrouth & Rome : CEDRAC & PIO, 2024),
parution prévue en 2024.
13
 Nous nous référons au manuscrit
conservé au monastère Jean-Baptiste à Khenchara au bureau de l’archimandrite Boulos Nazha (p. 22).
14
Yūsuf Ḧāʾiġ, « Tarğamat ḥayāt al-faylasūf al-šammāsʿAbd Allāh Al-Zāḫir », Al-Masarrah 34 (1948), p. 388.
15
Khenchara, Annales choueirites, p. 51.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
67
L’imprimerie de Zāḫir est active après la scission intervenue au sein du patriarcat melkite
d’Antioche en 1724. Le processus d’établissement de l’imprimerie de Zāḫir a été marqué
par des circonstances particulières liées à cette scission ecclésiastique. Cela a probablement
influencé les objectifs et les motivations derrière la fondation de cette imprimerie, ainsi que
son rôle ultérieur dans la diffusion de livres de culte en langue arabe pour les prêtres de
Syrie et du Liban.
Nous avons pu diviser ces ouvrages en cinq catégories : spiritualité, liturgie, Bible,
catéchisme, et décrets et conciles. En effet, l’imprimerie de Khenchara avait comme
objectif premier la diffusion de la foi catholique en se concentrant particulièrement sur la
vie spirituelle des fidèles, loin de tout esprit apologétique. Imprimer des ouvrages
liturgiques ne constituait pas une préoccupation majeure pour les imprimeurs de
Khenchara. Ce n’est qu’en 1756, soit 22 ans plus tard, que l’impression de livres liturgiques
commence, notamment avec l’épistolier. Sur les 22 livres, nous comptons 14 ouvrages
rédigés par des auteurs catholiques occidentaux, traduits en arabe ou composés par des
auteurs catholiques orientaux.
Mizān al-zamān fī qisṭāsa badiyyat al-insān (1734)
L’auteur de cet ouvrage est Jean-Eusèbe de Nieremberg (1595-1658), un jésuite espagnol
connu pour son œuvre mystique. Ce livre aborde la distinction entre ce qui est éternel et ce
qui est temporel, en se penchant particulièrement sur le concept de vie éternelle.
16
En
parcourant les pages de ce livre, nous notons que Zāḫir était relativement limité dans ses
choix de décoration. Tout au long de cet ouvrage, il se limite à utiliser un seul motif A pour
former plusieurs décors ornementaux : début du chapitre, fin du chapitre ou du sous-
chapitre, encadrement et aussi une grande croix avec une base.
17
Un motif floral B figure
une seule fois à la fin de la Table des matières. Ce motif est déjà présent dans les livres
imprimés à Alep. On le trouve en position inversée dans le recueil des sermons de Jean
Chrysostome publié en 1707 (p. 3r), tandis qu’il est en position normale dans l’octoèque
imprimé en 1711 (p. 107).
16
Pour aller plus loin, voir Carsten Walbiner, “The Appearance of Nieremberg’s De la diferencia entre lo
temporal y eterno in Arabic (1734). A Turning Point in the History of Printing and Publication in the Arab
World?”, in: Aurélien Girard, Bernard Heyberger, Vassa Kontouma (éd.), Livres et confessions chrétiennes
orientales. Une histoire connectée entre l’Empire ottoman, le monde slave et l’Occident (XVI
e
-XVIII
e
siècles) (Turnhout :
Brepols, 2023), pp. 427-440.
17
Ce motif apparaît fréquemment dans tous les ouvrages imprimés à Khenchara au XVIII
e
siècle. Nous
choisissons de le mentionner uniquement lorsque nous le jugeons nécessaire. D’autres motifs utilisés de la
même manière seront mentionnés comme tels : A
1
, A
2
, A
3
, A
4
, A
5
, A
6
, A
7
. Ces motifs se retrouvent à
différentes échelles, tant en taille réduite qu’en taille légèrement plus grande.
Charbel Nassif
68
Kitāb al-zābūr al-ilāhī li-Dāwūd al-nabī (1735)
Après une préface non paginée de dix pages sur l’importance des psaumes dans la vie
spirituelle des chrétiens et sur la présente édition, ce psautier renferme les 150 psaumes
divisés en vingt cathismes. Il contient également les huit cantiques vétérotestamentaires
18
et
les deux cantiques néotestamentaires
19
chantés lors des matines du Grand Carême. Outre le
motif A repéré tout au long de ce psautier, on inclut aux pages 45 et 196 le motif floral B
emprunté de l’imprimerie d’Alep.
Kitāb wağīz yaštamil ʿalā taʾammulāt rūḥīyyah li-ayyām al-usbūʿ (1736)
C’est un recueil de méditations spirituelles pour les jours de la semaine réalisé par un carme
à Alep en 1721. Dans la préface, l’auteur évoque la nécessité de la prière mentale et détaille
sa mise en application dans six étapes (la préparation, la lecture, la méditation, la gratitude,
l’offrande, les demandes ou les supplications). Zāḫir utilise uniquement le même motif A
déjà évoqué. Aucun motif floral n’est attesté.
Kitāb al-muršid al-masīḥī (1738)
Intitulé le guide chrétien, l’auteur de cet ouvrage est Philippe d’Outreman un prêtre français
de Valenciennes (1585-1652). Traduit par le jésuite Pierre Fromage et revu par Zāḫir,
l’ouvrage est divisé en deux grandes parties, l’une abordant la démarche pour s’éloigner du
péché et l’autre explorant la réalisation de bonnes actions. Outre le motif A et le motif
floral B emprunté de l’imprimerie d’Alep, qui figure uniquement à la p. 197, un chérubin
(motif C) conclut la table des matières au début de l’ouvrage (p. [XI]). Il a été également
emprunté de l’imprimerie d’Alep comme le témoigne l’évangéliaire de 1706 (non paginé p.
492). Dans le premier livre issu de cette imprimerie en 1734, une croix est présente juste
après la table des matières. Cependant, dans l’ouvrage de 1738, Zāḫir a reproduit cette croix
tout en y ajoutant un vase de fleurs (motif D), un nouvel élément emprunté de
l’évangéliaire d’Alep imprimé en 1706 (non paginé p. 366).
Iḥtiqār abāṭīl al-ʿālam (1739)
Ce livre en deux volumes est la traduction arabe de l’ouvrage de Diego Estella (1524-1578),
un moine espagnol franciscain sur la vanité du monde.
20
Composé de 100 chapitres, ce sont
18
Deux cantiques de Moïse, cantique d’Anne mère de Samuel, cantique de Habacuc, cantique d’Isaïe,
cantique de Jonas, deux cantiques des trois jeunes hébreux.
19
Le Magnificat de Marie et le cantique de Zacharie.
20
Diego De Estella, Libro de la vanidad del mundo, vol. 1 (Salamanque : Mathias Gast, 1576), vol. 2 (Alcalá de
Henares : Iua Gracian, 1597).
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
69
des méditations très dévotes sur l’amour de Dieu et la fugacité des choses de ce monde.
21
Le premier volume reproduit à la page de titre et à la dernière page (p. 579) le motif floral B
emprunté de l’imprimerie d’Alep. Il reproduit aussi deux nouvelles croix, à partir du motif
A, à la fin de la table des matières et à la page suivante.
Iḥtiqār abāṭīl al-ʿālam (1740)
Le second volume est composée également de 100 chapitres. Il reproduit à la page de titre
le motif floral B. Un ange putti (motif E) vient conclure la table de matières (p. [XII]). Il a
également été emprunté de l’évangéliaire d’Alep (non paginé p. 461).
Kitāb al-zabūr al-ilāhī li-Dāwūd al-nabī (1740)
En comparant cette deuxième édition du psautier avec celui de 1735, il est notable que bien
que le contenu des pages soit identique mais la mise en page diffère. Par exemple, il arrive
qu’une ligne soit déplacée vers la page suivante, illustrant des variations dans la présentation
physique des textes. De plus, ce psautier comporte un annexe non paginé de seize pages
qui énumère les dix commandements, les sept commandements de l’Église, les trois
conseils évangéliques, les sept sacrements, les quatre vertus cardinales, les trois vertus
théologales, les dix vertus morales, les sept dons de l’Esprit Saint, les sept actes corporelles
de miséricorde, les sept actes spirituelles de miséricorde, les quatre conditions requises pour
la validité des bonnes actions pour avoir la vie éternelle, les sept péchés capitaux avec les
sept vertus qui sont contraires à ces péchés, les six péchés contre le Saint Esprit, les quatre
péchés qui demandent la vengeance de Dieu, les quatre sanctions, les cinq conditions
requises pour la confession et les seize signes qui témoignent que l’on est un bon chrétien.
Ces ajouts marquent l’influence de la piété catholique chez les melkites catholiques après la
scission de 1724.
Le psautier de 1740 reproduit le chérubin (motif C) à la fin de la préface (p. 13)
22
et aux
pages 290, 366. Un ange putti (motif E) figure aux pages 211, 258. Le vase floral (motif D)
est reproduit également à la page 338. Rappelons que tous ces motifs ont déjà été attestés
dans les livres imprimés à Alep.
Muršid al-ḫāṭī fī sirr al-tawbah wa-l-iʿtirāf (1747)
Traduit par le jésuite Pierre Fromage à Alep en 1739 et corrigé par ʾAbd Allāh Zāḫir,
l’auteur de cet ouvrage
23
est Paul Segneri (1624-1694), un jésuite italien connu pour ses
21
Yvette Cardaillac-Hermosilla, « L’éducation en Espagne au XVI
e
siècle d’Urdax à Salamanque », Lapurdum
Numéro Spécial 1 (1999), pp. 171-186.
22
Il n’y a pas d’espace dans le psautier de 1735 pour insérer un motif à la fin de la préface non paginée.
23
Paolo Segneri, Il penitente istruito a ben confessarsi, operetta spirituale da cui ciascuno può apprendere il modo certo di
ritornare in grazia del suo Signore e di mantenervisi (Bologne, 1669).
Charbel Nassif
70
ouvrages ascétiques. Cet ouvrage est un guide de pénitence, il explique au fidèle comment
se préparer à la confession (examen de conscience, examen des pensées, la contrition, la
gravité du péché) ainsi que ses bienfaits. Le motif floral B emprunté d’Alep est reproduit
deux fois. Il conclut la préface (p. 11) et l’ouvrage (p. 285). Un nouveau motif A
1
est utilisé
pour former plusieurs décors ornementaux.
Kitāb tafsīr sabʿat mazmūrāt min mazāmīr Dāwūd al-nabī (1753)
C’est le premier livre imprimé après le décès de Zāḫir survenu en 1748. L’auteur est le
jésuite Pierre Arnoudie installé au Liban en 1709 et décédé à Alep au service des pestiférés
en 1719. Ce livre traite de l’explication des sept psaumes connu sous le nom des psaumes
de pénitence.
24
Il est conclu par un index alphabétique sur les thèmes importants de la foi
chrétienne et d’un autre index des citations bibliques expliquées dans ce livre.
Le motif floral B décore à la fois la page de titre et la page 232. Un décor floral sortant
de la gueule d’une bête (motif F) conclut le premier index (p. 308). Cette gravure est
attestée dans deux ouvrages imprimés à Alep : le psautier de 1706 et le tétraévangile de
1708. La source originale de cette gravure est indubitablement l’Horologion imprimé à
Bucarest en 1702.
Kitāb al-zabūr al-ilāhī li-Dāwūd al-nabī (1753)
Nous n’avons pas eu la possibilité d’examiner une copie de ce psautier.
Muḫtaṣar al-taʿlīm al-masīḥī al-multazim bi-maʿrifatihi kull muʾmin (1756)
Composé de 47 pages et divisé en neuf chapitres, ce livre est une série de courtes questions
et réponses sur la Trinité, l’Incarnation, l’Église, la prière, les châtiments, les
commandements de Dieu, le péché, les sacrements et les vertus.
25
Un nouveau motif qui
ressemble à un arbuste (motif G) et qui n’a pas d’antécédents orne la page de couverture.
Kitāb al-rasāyil (1756)
L’épistolier est le livre qui renferme le texte des Actes des apôtres et des épîtres lus à la
divine liturgie. Le motif floral B figure à la page du titre. L’arbuste (motif G) orne les pages
24
6, 31, 37, 50, 101, 129, 142.
25
Dans la partie traitant sur l’Église (pp. 12-15), on essaie de montrer que la Vraie Église est l’Église
romaine dont le chef est le pape, successeur de saint Pierre et on considère que les autres Églises sont les
Églises des hérétiques. Ce genre des idées antiorthodoxes se glisse discrètement dans un livre de
catéchisme destiné aux fidèles.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
71
42, 64, 230, 312, 322. Après la préface, le motif A est employé pour créer une nouvelle
croix, avec une base de quatre lignes. Cette croix s’étend sur une page entière.
Muršid al-kāhin (1760)
Traduit à Alep en 1739 et corrigé par ʿAbd Allāh Zāḫir, cet ouvrage de Paul Segneri est
composée de deux parties.
26
La première partie (23 chapitres) traite des obligations et
devoirs du prêtre, la deuxième partie (14 chapitres) traite des obligations du confesseur. Le
motif floral B emprunté d’Alep est reproduit deux fois (p. 8, 179). Un nouveau motif A
2
est
également intégré dans l’ornementation de cet ouvrage. Ce motif a ses origines dans la
Bible arabe imprimé à Rome en 1671
27
et aussi dans l’ouvrage de Dimitri Cantemir sur
l’empire ottoman imprimé à Paris en 1743.
28
Kitāb al-Ūrūlūğiyūn (1763)
L’Horlogion est le livre des Heures selon le rite byzantin. Le motif floral B emprunté
d’Alep est reproduit quatre fois (p. 253, 389, 427, 482) alors que le motif G est reproduit
trois fois (p. 74, 542, 576).
29
Al-burhān al-ṣarīḥ fī ḥaqīqat sirray dīn al-Masīḥ (1764)
ʿAbd Allāh Zāḫir a rédigé cet ouvrage à Alep en 1731. Composé de deux parties, il traite de
la Trinité et du mystère de l’Incarnation du Christ. Le seul ouvrage imprimé de Zāḫir est
embelli par le motif floral B, présent à la dernière page (p. 169).
30
Kitāb al-zabūr al-ilāhī li-Dāwūd al-nabī (1764)
C’est la quatrième édition du psautier. Pendant 166 ans, le psautier a été réédité 15 fois
31
à
Khenchara. Une réédition n’est pas une simple reproduction de la première version. Tout
26
La deuxième partie a été traduite de : Paolo Segneri, Il confesso ristruito (Brescia, 1673). Cet ouvrage a
également été traduit en syriaque. Cf. Mossoul, Couvent des dominicains 94, 303 fol. (XIX
e
s.)
27
Biblia sacra Arabica Sacrae Congregationis de Propaganda Fide ius suedita ad vsum ecclesiarum orientalium additis è
regionebibliis Latinis vulgatis, T. 2 (Rome: Congrégation de la Propagande, 1671), p. 21.
28
Ce motif est repéré uniquement une seule fois dans cet ouvrage. Dimitri Cantemir, Histoire de l’empire
ottoman, vol. 2 (Paris : Savoye, 1743), p. 73.
29
Nous avons examiné l’exemplaire de Munich dont les pages 1 et 2 sont manquantes.
30
Pour une description détaillée de cet ouvrage, cf. El-Gemayel, « Abd Allāh Zāḫir », pp. 103-107.
31
1735, 1739, 1753, 1764, 1770, 1780, 1797, 1809, 1820, 1823, 1846, 1863, 1871, 1894, 1899. Nazhā, 250
ʿam
an
ala wafāt al-šammās al-ʿallāmah ʿAbd Allāh Zāhir, p. 25.
Charbel Nassif
72
en gardant le texte intact, les graveurs ont changé les motifs ornementaux comme le
témoigne le tableau suivant.
32
Page
Psautier 1735
Psautier 1740
Psautier 1753
Psautier 1764
12
-
Chérubin (motif C)
Motif floral B
45
Motif B
-
-
211
Ange putti (motif E)
Arbuste (motif G)
258
Ange putti (motif E)
Arbuste (motif G)
290
Chérubin (motif C)
Croix (motif A)
338
Vase floral (motif D)
Rectangle (motif A)
366
Ange putti (motif E)
Arbuste (motif G)
Kitāb al-Ūkṭūyiḫus(1767)
L’octoèque renferme toute l’hymnographie des huit tons pour les offices vespéraux et
matinaux des dimanches et jours de semaine. Quatre nouveaux motifs d’inspiration
occidentale ornent ce livre liturgique. Un motif horizontal, présentant un ange putti portant
un panier de fruits sur sa tête avec des branches de fleurs (motif H), décore la page de
couverture et la page 330. Le motif I inversé, représentant une corbeille de fruits entourée
de guirlandes et d’une coquille, se trouve à la page 219. La page 272 est ornée du motif J,
composé d’un panier de fleurs surmonté d’un soleil entouré de rubans, ainsi que de deux
oiseaux tenant une guirlande dans leurs becs. Nous trouvons également une illustration de
la Nativité du Christ (motif N) à deux endroits (p. 61 et 383), tandis qu’une croix formée à
partir du motif A apparaît à la page 456. Le motif B emprunté d’Alep figure à la p. 478.
Le motif I a des ressemblances avec quatre motifs présents dans le livre de catéchisme
de Joachim Trotti imprimé à Bourges en 1747 et dans le livre de Paul Segneri sur la
pénitence.
33
Carole Belanger Grafton, dans son catalogue présente plusieurs motifs qui sont
également étroitement liés aux motif H et I.
34
D’autre part, le motif I est reproduit dans
l’euchologe imprimé au Mont Athos en 1759. Néanmoins, un aigle figure à la place du
panier.
35
Īdaḥ al-taʿlīm al-masīḥī (1768)
32
Dans la version de 1871, la préface, probablement jugée obsolète, a été exclue.
33
Joachim Trotti, Catéchisme, ou Abrégé de la doctrine chrétienne, à l’usage du diocèse de Bourges (Bourges : Francois
Toubeau, 1747), pp. 64, 104 ; Segneri, Il penitente istruito, pp. 4, 115.
34
Carol Belanger Grafton, Pictorial Archive of Printer’s Ornament from the Renaissance to the 20th century (New York
: Dover Publications, 1980), pp. 30 et 32-33.
35
Policarp Chitulescu, « Noută țides preîntâia tipografie arabă din Moldova șides preactivitatea tipografului
Duca Sotirio vici din Thassos », Apulum 61 (2024), fig. 25 (sous presse).
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
73
Rédigé par un curé parisien,
36
il a été traduit à Tripoli par Pierre Fromage en 1735. Ce livre
traite de différentes questions majeures concernant la foi chrétienne : le Crédo des apôtres,
l’Incarnation du Christ et sa rédemption, le Saint Esprit, l’Église, les sacrements, la vie
spirituelle du chrétien, le Notre Père, les commandements divins, les commandements de
l’Église et le péché.
L’arbuste (motif G) figure à la page 268. Le motif H est représenté trois fois : il conclut
la préface, la table des matières, et la page 367. Le motif I figure à trois reprises dans
l’ouvrage, avec deux occurrences en miroir : à la conclusion de la table des matières et à la
page 230. À la page 161, il est représenté dans son orientation normale. Le motif J se
trouve aux pages 121 et 161.
Taʾammulāt ğahannam al-murīʾa wa-ḥamāqat al-ḫaṭaʾa al-faẓīʿa (1769)
Ce livre est composé de sept méditations sur l’enfer dont chacune est conclue par une
prière. Le motif B orne la page de couverture et la page 163. Le motif I inversé se trouve à
la fin de la préface (p. [IX]). On peut repérer l’illustration de l’arbuste (motif G) à la page
110.
Kitāb qūt al-nafs (1772)
Ce livre évoque l’importance de la prière mentale et sa nécessité à travers des épisodes de la
vie du Christ. Cet ouvrage se limite à représenter le motif I inversé à la page 345.
Kitāb al-nubuʾāt (1775)
Le Prophetologion est un livre qui contient les lectures vétérotestamentaires prévues pour
les vêpres et d’autres services liturgiques tout au long de l’année liturgique. C’est le premier
livre imprimé à Khenchara à deux colonnes. Dans cet ouvrage, on a recours à trois anciens
motifs et trois nouveau motifs. À la page 95, Le livre de prophéties représente le motif F,
déjà attestée dans l’imprimerie d’Alep et celle de Bucarest. Le motif I orne la page de titre
et la page 137. Le motif J orne la page 119. Deux nouveaux motifs floraux sont aussi
représentés : le motif K aux pages 3, 95 et 135 et le motif L à la page 226. Ajoutons aussi le
motif M, une figure humaine en position accroupie entouré d’un complexe géométrique à
la page de titre et à la page 226.
36
Selon la préface : aḥad ḫawārinat madīnat Bārīs al-ʿaliyyah.
Charbel Nassif
74
Al-inğīl al-šarīf al-ṭāhir wa-l-miṣbāḥ al-munīr al-zāhir (1776)
L’évangéliaire imprimé en 1776 est l’ouvrage de tous le plus luxueux. Destiné à l’usage
liturgique, l’évangéliaire est toujours déposé sur le saint autel au-dessus de l’antimension,
d’où l’intérêt de l’enrichir en 39 motifs ornementaux sans compter les croix et les simples
motifs constitué d’un élément répétitif. Le Motif B trouve sa place à la page 293. Le motif
G se déploie à plusieurs reprises, notamment aux pages 181 (deux occurrences), 209 (deux
occurrences), et 260 (deux occurrences). Le motif H apparaît aux pages 121, 182, et 256. La
page de titre et les pages 38, 181, 226, et 268 accueillent le motif I. Le motif J se déploie aux
pages 226 et 277. Le motif K se distingue aux pages 99, 159, et 281. La page 315 est
marquée par le motif L. Quant au motif M, il embellit les pages 38, 209, et 268. Le motif Q,
illustrant le visage d’un homme barbu dans une sorte de coquille se démarque à la page 140,
tandis que le Motif P, constitué d’une frise architecturale avec trois anges putti, enchante la
page du titre et les pages 99, 181, et 315. Le motif R, représentant un nouveau vase floral,
émerge à la page 283. Le motif O constitué d’une tête humaine ailée, d’où émerge une
gerbe de fleurs et coiffée d’un panier de fruits, apparaît à la page 180. La page 177 est
embellie par le motif S, une croix entourée d’un motif floral. Le motif T, représentant un
cœur floral, orne la page 254. Le motif U, dévoilant un nouveau vase floral ainsi que le
motif V, une croix fleurie, s’illustrent à la page 286. Enfin, la Vierge trônant entre deux
anges, le motif W, trouve sa place à la page 300, succédant à l’évangile lu le 31 août,
commémorant la déposition de la précieuse ceinture de la Très Sainte Mère de Dieu et
toujours vierge Marie en l’église de Chalkoprateia à Constantinople. Ensemble, ces motifs
contribuent à la richesse visuelle et à la diversité artistique de l’ouvrage en essayant de
conférer une esthétique visuellement captivante.
Le motif Q a une forte ressemblance avec le motif qui conclut la préface de l’ouvrage
latin de l’érudit catholique allemand Gaspar Schoppe (1576-1649) qui défend la foi
catholique imprimé en Allemagne en 1600
37
et avec un autre motif d’un ouvrage grec sur
l’Histoire des Patriarches de Jérusalem imprimé à Bucarest en 1715.
38
L’origine du motif W, représentant la Vierge trônant entre deux anges, remonte à
plusieurs livres roumains imprimés au XVIII
e
siècle. Nous avons identifié trois gravures
similaires à celles de Khenchara, datant respectivement de 1712, 1714, et 1747. Ces
gravures ont été réutilisées dans plusieurs ouvrages ultérieurs.
39
Cependant, une variation
notable réside fréquemment dans le siège sur lequel Marie est assise. De plus, le Christ est
positionné sur le genou gauche de la Vierge Marie, tandis que dans l’évangéliaire de
Khenchara, il est placé sur le genou droit.
La seconde édition de cet évangéliaire a eu lieu en 1818. Cette réédition est souvent
accompagnée d’un changement de motifs ornementaux. À titre d’exemple, un vase floral
37
Gasperis Schoppi Franci, Epistola de sua ad Orthodoxos migratione & de veritate interpretationis & sententi[a] e
Catholicae in ambiguis Scripturarum locis, & Controversis fidei capitibus (Ingolstadt : Typographie Adam Sartorius,
1600), p. [XV].
38
Ιστορία περί των εν Ιεροσολύμοις Πατριαρχευ σάντων (Bucarest : Typographie du Prêtre Stoikos Jakovitzis,
1715), p. 751
39
Oana-Lucia Dimitriu, Ilustrația cărții românești vechi din secolul al XVIII-lea în colecțiile Bibliotecii Academiei
Române. Gravura. Vol. 1. Țara Românească (Bucarest : Academie roumaine, 2023), pp. 335-336.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
75
est remplacé par une image de la Vierge du Signe à la fin de la lecture du dimanche de la
Cananéenne (fig. 7, 8). Cette image est empruntée d’un livre latin imprimé à Rome en 1737
consacré aux monnaies paléochrétiennes et à d’autres objets précieux. Cet ouvrage a sans
doute passé sous les mains des imprimeurs de Khenchara. Ils ont dû graver l’image avec la
légende en latin : antique joyau avec une simple échelle graphique accompagné de
l’inscription latine qui signifie « cette taille ». N’ayant aucune maîtrise de la langue latine, les
graveurs ont reproduit également cette légende inutile dans un livre liturgique.
L’évangéliaire de 1776 est également orné de quatre portraits d’évangélistes (fig. 1-4).
Pour les représenter, les graveurs de Khenchara ont puisé dans les livres imprimés à Alep.
Lors des recherches menées par l’équipe du projet Typarabic dans les bibliothèques, il a été
découvert que l’évangéliaire imprimé à Alep en 1706 contenait uniquement deux gravures,
représentant Jean et Luc (fig. 5, 6). L’évangéliaire de Khenchara reproduit fidèlement ces
gravures, à l’exception d’une légère différence : les graveurs de Khenchara ont ajouté un
paysage à gauche, tandis que les gravures d’Alep se limitent à des traits simples. Dans les
gravures de Luc, Jean et Marc, on distingue à travers la fenêtre des rayons solaires perçant
les nuages. Sur la gravure de Luc, on aperçoit en arrière-plan une tour à peine visible. Sur
celle de Jean, on voit une maison avec un campanile et un arbre dépourvu de feuillage. Sur
celle de Marc, on voit une maison à coupole avec deux arbres. Les gravures d’Alep
présentent une moindre précision des détails par rapport à celles de Khenchara en raison
de l’utilisation de plaques en bois, tandis qu'à Khenchara, des plaques en cuivre ont été
employées ce qui confère aux portraits de Khenchara un grande finesse et élégance.
L’évangéliaire imprimé à Alep en 1708, grâce aux efforts de Daniel Apostol, renferme
les quatre gravures. Vera Tchenstsova a eu la possibilité de consulter cet ouvrage aux
Archives d’État russes des actes anciens (RGADA) et d’y prendre des photos des gravures
des quatre évangélistes. Les graveurs de Khenchara ont reproduit la même gravure de
Marc, avec la même différence mentionnée précédemment. Cependant, la gravure de
Matthieu dans l’évangéliaire de Khenchara diffère de celle présente dans l’évangéliaire de
Daniel Apostol. Il semble que les graveurs de Khenchara aient puisé ailleurs pour cette
gravure. Oana Iacubovschi a déjà comparé cette gravure à celle d’un livre en arménien, un
commentaire sur l’évangile de Matthieu imprimé à Venise en 1737. Des recherches
ultérieures pourraient permettre d’élucider cette énigme.
Kitāb al-rasāyil (1779)
L’épistolier fut imprimé une seconde fois après 21 ans.
40
De nouveaux motifs (A
3
, A
4
, A
5
,
A
6
et A
7
) sont désormais utilisés pour former plusieurs décors ornementaux. Le motif A
4
est déjà repéré dans un euchologe slave (Trebnik) imprimé à Moscou en 1761.
41
Le tableau ci-après démontre que dans la deuxième édition de l’épistolier, les graveurs
ont remplacé l’ensemble des gravures.
40
Le P. Nazha a mentionné par erreur une édition de l’épisolier datant de 1770, alors qu’en réalité, cette
édition n’a jamais existé. La préface de l’édition de 1792 précise qu’il s’agit en fait d’une seconde édition.
Nazhā, 250 ʿam
an
ala wafāt al-šammās al-ʿallāmah ʿAbd Allāh Zāhir, p. 25.
41
Требник (Moscou :Tipografiia Grekopravoslavnaia Feodosiia Ioanninskago, 1761).
Charbel Nassif
76
1756
1779
Page de couverture
Motif B
Motif I et J
La page après la préface
Croix (motif A)
Croix et encadrement (motif
A)
Arbuste (motif G, 2 fois)
Motif U
p. 42
Arbuste (motif G)
Motif H
p. 64
Arbuste (motif G)
Motif J
P. 128
Croix (motif A)
Motif M
p. 134, 179
Bande rectangulaire (motif A)
Motif J
p. 201
Motif A
Arbuste (motif G, 2 fois)
Motif A
p. 224
Motif A
Motif H
p. 230
Arbuste (motif G)
Motif M
p. 257, 315
Bande rectangulaire (motif A)
Arbuste (motif G, 2 fois)
p. 312
Arbuste (motif G)
Motif J
p. 314
Motif A
Motif H
p. 322/323
42
Arbuste (motif G)
Motif L
p. 323/324
Bande rectangulaire (motif A)
Motif H
p. 403/404
-
Arbuste (motif G)
Kitāb al-Ūkṭūyiḫus (1784)
La première édition de l’octoèque remonte à 1767 et comptait 478 pages. La nouvelle
édition, quant à elle, est composée de 488 pages.
43
La simple comparaison entre les deux
éditions révèle des légères différences, indiquant ainsi que la seconde n’est pas entièrement
identique à la première. L’espace habituellement réservé à la décoration de motifs après la
conclusion de chaque ton a été considérablement réduit, ce qui explique la relative rareté
des motifs. Le motif I embellit la page 234, le motif J clôture la page 466, tandis que le
motif H conclut les pages 115 et 488. Ce tableau met en évidence de manière plus claire la
différence d’ornementation entre les deux versions mentionnées.
1767
1784
Motif H
Motif N
Motif H
motif I (inversé)
Motif I
42
Deux pages sont paginées 319 dans l’épistolier de 1758. On a pallié cette erreur dans la seconde édition de
1779.
43
La page de couverture manque dans l’exemplaire que nous avons consulté à Khenchara.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
77
Motif H
Motif J
Motif N
Croix (motif A)
Motif J
Motif B
Motif H
Kitāb al-mağmaʿ al-lubnānī (1788)
Cet ouvrage renferme les actes du synode libanais maronite
44
tenu au monastère de Notre-
Dame-de-Louaïze à Kesrouan en septembre 1736. La table des matières est suivie de deux
pages distinctes. La première est agrémentée des motifs N, I, et L, encadrés par le motif A
1
.
La seconde page, encadrée par le motif A, est composée d’une croix (motif A), avec les
motifs G et U positionnés de part et d’autre de cette croix. La page 509 est ornée des
motifs I et J. La page 525 est ornée de deux motifs H et M. Le motif K illustrent les pages
538 et 539. La dernière page de l’ouvrage (p. 558) est conclue par les motifs L et O.
Muršid al-ḫāṭī fī sirr al-tawbah wa-l-iʿtirāf (1794)
Cette deuxième édition diffère de la première édition du point de vue de l’ornementation.
La page de couverture est embellie par deux fleurs disposées en position miroir (motif X).
Juste après la table des matières, une page attire l’attention avec un encadrement (motif A).
À l’intérieur de cet encadrement, une croix (motif A) et quatre autres fleurs (motif Y)
attirent le regard. Le motif H figure aux pages 11 et 136. De même, le motif I est
représenté à la page 11. Le motif J, quant à lui, se déploie aux pages 129 et 157. Enfin, le
motif B se déploie à la page 285.
1747
1794
Page de couverture
Motif X
La page après la table des
matières
Motif A
Motif Y
p. 11
Motif B
Motif H
Motif I
p. 36
Motif I
p. 129
Motif J
p. 157
Motif J
44
Ce synode s’est notamment occupé de la réorganisation l’Église maronite en établissant des sièges
épiscopaux et délimitant les limites géographiques des diocèses. Elie Atallah (éd.), Le Synode libanais de
1736. Tome I : Son influence sur la restructuration de l’Église maronite. Tome II : Traduction du texte original arabe
(Paris &Antélias : Letouzey et Ané & Centre d’Études et de Recherches Orientales, 2001).
Charbel Nassif
78
p. 285
Motif B
Motif B
Manšūr Quds al-ab al-Sayyid kīriyū kīr Aġābiyūs al-baṭriyark al-anṭākī (1796)
Dans ce décret qui s’étend sur 19 pages non paginées, le patriarche Aġābiyūs II Maṭar
(1796-1812) adresse une lettre datée de 20 septembre 1796 aux melkites dispersés dans les
patriarcats d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem, les informant de son élection
patriarcale. Il s’adresse ensuite aux évêques melkites, les exhortant à accomplir leur mission
de manière irréprochable. Il implore également les prêtres de partager les enseignements
fondamentaux de la foi chrétienne avec les fidèles. En outre, il demande aux fidèles de
vivre pleinement leur foi chrétienne en suivant les principes de la charité, de l’amour du
prochain et de la paix, et en contribuant ainsi à l’épanouissement de la communauté
chrétienne. Les motifs I et J ornent la page de titre. Le motif floral K est présent à la
dernière page.
Qaṭf al-azhār fī ʿilm al-ḏimma wa-l-asrār (1797)
Ce livre est composé de deux grandes parties. La première partie traite de la conscience
morale, de la loi, des péchés et des commandements. La deuxième partie traite des sept
sacrements. La page de titre est décorée avec le motif I inversé, situé en dessous de lui se
trouve le motif H. Le motif A est représenté deux fois. Le cadre de cette page est élaboré à
partir du motif A
4
. Les motifs J et M font leur apparition à la page 8. La page 9 est
entièrement décorée de motifs. Dans un encadrement formé par le motif A, l’arbuste
(motif G) et le motif U sont représentés de part d’autre d’une croix composée à partir du
motif A. De plus, le motif J est également présent au-dessus de la croix. Les motifs I et J
concluent la dernière page (p. 324).
Kitāb al-Ūkṭūyiḫus (1799)
C’est la troisième édition de l’octoèque. Le motif H embellit à la fois la page de couverture
et la page 115. Le motif N trouve sa place à la page 223, Enfin, le motif J se déploie à la
page 466, offrant une expression artistique captivante à cette dernière page du livre. Voici
un tableau récapitulatif de l'ornementation des trois éditions :
1767
1784
1799
Page de couverture
Motif H
Motif H
p. 61
Motif N
p. 115
Motif H
Motif H
p. 219
motif I (inversé)
p. 223
Motif N
p. 234
Motif I
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
79
p. 330
Motif H
p. 272
Motif J
p. 383
Motif N
p. 456
Croix (motif A)
p. 466
Motif J
Motif J
p. 478
Motif B
p. 488
Motif H
Conclusions
L’étude des motifs empruntés à l’imprimerie d’Alep et leur évolution au sein de
l’imprimerie de Zāḫir à Khenchara offre un fascinant panorama de l’ornementation
iconographique dans la production de livres au XVIII
e
siècle. Cette exploration révèle une
transition artistique notable, que nous souhaitons synthétiser en quelques éléments clés.
Les motifs B, C, D, E et F ont tous été empruntés de l’imprimerie d’Alep, comme
mentionné précédemment. À l’époque de Zāḫir, un certain désintérêt pour l’ornementation
iconographique est observable. On constate une restriction aux seuls motifs empruntés
d’Alep. Cependant, après le décès de Zāḫir en 1748, une évolution significative se produit.
En 1753, l’introduction d’un nouveau motif (le motif F) se démarque, toujours emprunté
d’Alep, mais cette fois-ci originaire de Snagov. En 1756, une étape encore plus novatrice est
franchie avec l’apparition du motif G, une création pure des graveurs de Khenchara. Cette
initiative démontre une capacité croissante à innover localement dans le domaine de
l’ornementation, marquant ainsi une période de créativité propre à la communauté des
graveurs de Khenchara.
Le motif B se distingue en tant que motif le plus utilisé dans le corpus, apparaissant dans
pas moins de 15 livres. Il est indéniablement apprécié : son esthétique remarquable ajoute
une touche de beauté unique à chaque livre où il est présent. En outre, les motifs C, D et E
ont été choisis pour orner deux livres chacun. Le motif F a été incorporé dans deux livres
distincts, l’un datant de 1753 et l’autre de 1772. Cette utilisation séparée sur une période de
près de deux décennies mérite d’être mentionnée. Le motif I occupe également une place
significative, étant présent dans 11 livres. Sa popularité témoigne de son attrait artistique et
de son impact visuel au sein de la collection.
Tous les motifs A, à l’exception du motif A
2
, sont employés de manière répétée pour
constituer divers décors ornementaux. Le motif A
2
se distingue en apparaissant de manière
unique, sans répétition. Les motifs A
5
et A
7
se manifestent exclusivement dans
l’ornementation de l’évangéliaire datant de 1776.
L’évangéliaire de 1776 se distingue par son ornementation riche, composée de pas
moins de 18 motifs. La deuxième édition de l’épistolier suit de près avec 15 motifs, tandis
que le concile libanais maronite présente une ornementation composée de 14 motifs. Il est
intéressant de noter que ces livres, destinés à un usage ecclésial et au clergé, ont été les plus
richement décorés, soulignant ainsi l’importance accordée à leur aspect esthétique.
L’abondance des motifs iconographiques et ornementaux dans les ouvrages liturgiques par
rapport à ceux destinés à un usage privé ou personnel s’explique par la profonde vénération
Charbel Nassif
80
que l’Église byzantine accorde à l’image religieuse. Ainsi, les ouvrages liturgiques, en tant
que véhicules privilégiés de la liturgie et de la spiritualité, sont embellis de manière plus
significative pour renforcer cette dimension visuelle de la foi au sein de la tradition
byzantine.
En comparant les gravures de Khenchara avec celles d’Alep, telles que la page de
couverture de l’Octoèque imprimé en 1711 et la gravure du prophète David dans le
psautier de 1706, nous trouvons que les gravures d’Alep présentent une qualité supérieure.
Cette observation soulève la question de savoir si cette disparité résulte d’un manque de
main-d’œuvre compétente à Khenchara ou de contraintes financières limitant les
investissements dans des techniques artistiques plus avancées. Il est possible que les
graveurs à Khenchara aient été confrontés à des défis techniques ou artistiques, ou que les
ressources financières disponibles aient limité leur capacité à atteindre le niveau de
sophistication artistique observé dans les gravures d’Alep.
Ce n’est qu’à partir de 1767, soit 42 ans après la création de l’imprimerie et 19 ans après
le décès de Zāḫir, que l’emprunt de motifs à des ouvrages occidentaux commence à se
manifester. Cette période marque un changement significatif dans la source d’inspiration
artistique, indiquant une ouverture plus tardive à l’influence des motifs occidentaux dans la
conception des œuvres imprimées à Khenchara.
Comme déjà mentionné, la réédition d'un ouvrage ne correspond pas nécessairement à
une reproduction fidèle de la première édition. Il est fréquent d’apporter des modifications
au niveau du texte ou de l’ornementation, et ces ajustements peuvent parfois entraîner une
variation du nombre de pages entre deux exemplaires du même ouvrage.
L’imprimerie de Khenchara se distingue comme l’une des plus importantes du XVIII
e
siècle au Proche-Orient, ayant joué un rôle crucial dans la propagation du catholicisme tout
en apportant une contribution significative à l’enrichissement de l’Église grecque melkite
par l’impression d’ouvrages liturgiques. Son héritage artistique est remarquable, fusionnant
les motifs iconographiques issus de la tradition byzantine avec des motifs occidentaux qui
ont été aussi utilisés dans des ouvrages orthodoxes, illustrant ainsi la diversité culturelle et
religieuse qui caractérise le milieu melkite.
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
81
Motif A
Motif A
1
Motif A
2
Motif A
3
Charbel Nassif
82
Motif A
4
Motif A
5
Motif A
6
Motif A
7
Motif B
Motif B
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
83
Motif C
Motif D
Motif E
Motif F
Charbel Nassif
84
Fig. 1 : Jean l’évangéliste, Évangéliaire, Khenchara, 1776 (Bibliothèque de l’Académie Roumaine – Bucarest)
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
85
Fig. 2 : Matthieu l’évangéliste, Évangéliaire, Khenchara, 1776
(Bibliothèque de l’Académie Roumaine – Bucarest)
Charbel Nassif
86
Fig. 3 : Luc l’évangéliste, Évangéliaire, Khenchara, 1776
(Bibliothèque de l’Académie Roumaine – Bucarest)
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
87
Fig. 4 : Marc l’évangéliste, Évangéliaire, Khenchara, 1776
(Bibliothèque de l’Académie Roumaine – Bucarest)
Charbel Nassif
88
Fig. 5 : Jean l’évangéliste, Évangéliaire, Alep, 1706
(Gotha Research Library, University of Erfurt, Theol 2°)
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
89
Fig. 6 : Luc l’évangéliste, Évangéliaire, Alep, 1706
(Gotha Research Library, University of Erfurt, Theol 2°)
Charbel Nassif
90
Fig. 7 : Évangéliaire, Khenchara, 1776 (Patriarcat grec melkite catholique – Damas)
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
91
Fig. 8 : Évangéliaire, Khenchara, 1776 (Georgetown University – Washington)
A
A
1
A
2
A
3
A
4
A
5
A
6
A
7
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
1. Mizān al-
zamān fī qisṭās
abadiyyat al-
insān (1734)
+
+
2. Kitāb al-
zābūr al-ilāhī li-
Dāwūd al-nabī
(1735)
+
+
3. Kitāb
wağīz yaštamil
ʿalā taʾammulāt
rūḥīyyah li-
ayyām al-usbūʿ
(1736)
+
4. Kitāb al-
muršid al-
masīḥī (1738)
+
+
+
+
5. Iḥtiqār abāṭīl
al-ʿālam (1739)
+
+
6. Iḥtiqār abāṭīl
al-ʿālam (1740)
+
+
+
7. Kitāb al-
zabūr al-ilāhī li-
dāwūd al-nabī
(1740)
+
+
+
+
8. Muršid al-
ḫāṭi’ fī sirr al-
tawbah wa-l-
i‘tirāf (1747)
+
+
+
Charbel Nassif
92
A
A
1
A
2
A
3
A
4
A
5
A
6
A
7
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
9. Kitāb tafsīr
sabʿat
mazmūrāt min
mazāmīr
Dāwūd al-nabī
(1753)
+
+
+
10. Kitāb al-
zabūr al-ilāhī li-
dāwūd al-nabī
(1753)
11. Muḫtaṣar al-
ta‘līm al-masīḥī
al-multazim bi-
ma‘rifati-hi kull
mu’min (1756)
+
+
+
12. Kitāb al-
rasāyil (1758)
+
+
+
13. Muršid al-
kāhin (1760)
+
+
+
+
14. Kitāb al-
Ūrūlūğiyūn
(1763)
+
+
+
+
+
15.Al-burhān
al-ṣarīḥ fī
ḥaqīqat sirrī dīn
al-Masīḥ (1764)
+
+
+
+
16. Kitāb al-
zabūr al-ilāhī li-
dāwūd al-nabī
(1764)
+
+
+
+
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
93
A
A
1
A
2
A
3
A
4
A
5
A
6
A
7
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
17. Ūkṭūʾīḫus
1767
+
+
+
+
+
+
+
18. Īdaḥ al-
taʿlīm al-masīḥī
(1768)
+
+
+
+
+
+
19. Ta’ammulāt
ğahannam al-
marī‘a wa-
ḥamāqat al-
ḫaṭ’a l-faẓī‘a
(1769)
+
+
+
20. Kitāb qūt
al-nafs (1772)
+
+
21. Kitāb al-
nubuʾāt (1775)
+
+
+
+
+
+
+
+
22. Al-inğīl al-
šarīf al-ṭāhir wa-
l-miṣbāḥ al-
munīr al-zāhir
(1776)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
23. Kitāb al-
rasāyil (1779)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
24. Octūʾīḫūs
(1784)
+
+
+
+
+
+
25. Kitāb al-
mağmaʿ al-
lubnānī (1788)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
Charbel Nassif
94
A
A
1
A
2
A
3
A
4
A
5
A
6
A
7
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
26. Muršid al-
ḫāṭi’ fī sirr al-
tawbah wa-l-
i‘tirāf (1794)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
27. Manšūr
Quds al-’Āb al-
Saʻīd kīriyū kīr
ʼAġābiyūs al-
baṭriyark al-
anṭākī (1796)
+
+
+
+
+
+
28. Qaṭf al-
’azhār fī ‘ilm al-
ḏimma wa-l-
’asrār (1797)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
29. Octūʾīḫūs
(1799)
+
+
+
+
+
+
Les gravures des livres imprimés au XVIII
e
siècle au Monastère Saint-Jean-Baptiste
95
Charbel Nassif
96
Abstract:
This article aims to present
the books of the printing press founded
by the Aleppian ʿAbd Allāh Zāḫir
(1684-1748) at the Saint John the Baptist
Monastery in Khenchara (Mount
Lebanon) in the 18th century, the
motherhouse of the Choueirite Basilian
Order. The Khenchara printing press
stands out as one of the most important
in the 18th century in the Middle East,
playing a crucial role in the spread of
Catholicism while making a significant
contribution to the enrichment of the
Melkite Greek Church through the
printing of liturgical works. Its artistic
heritage is remarkable, blending
iconographic motifs from the Byzantine
tradition with Western motifs, thus
illustrating the cultural and religious
diversity that characterizes the Melkite
environment.
Resumen:
Este artículo tiene como
objetivo presentar los libros de la
imprenta fundada por el alepino ʿAbd
Allāh Zāḫir (1684-1748) en el monasterio
de San Juan Bautista en Khenchara
(Monte Líbano) en el siglo XVIII, casa
madre de la Orden Basiliana Choueirita.
La imprenta de Khenchara destaca como
una de las más importantes del siglo
XVIII en Oriente Medio, desempeñando
un papel crucial en la difusión del
catolicismo y contribuyendo
significativamente al enriquecimiento de la
Iglesia griega melquita mediante la
impresión de obras litúrgicas. Destaca su
patrimonio artístico, que fusiona motivos
iconográficos de la tradición bizantina con
motivos occidentales, ilustrando así la
diversidad cultural y religiosa que
caracteriza el entorno melquita.
Keywords:
Printing; Engravings;
Catholicism; Byzantine liturgy; Western
motifs; Melkite Church.
Palabras clave:
Imprenta;
Grabados;
Catolicismo; Liturgia bizantina; Motivos
orientales; Iglesia melquita.