
Charbel Nassif
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Ses bonnes relations avec Dabbās durèrent jusqu’en 1722. En cette année, Le patriarche
Dabbas avait pris part au synode anti-latin
10
tenu à Constantinople. Zāḫir composa un
ouvrage contre ce synode intitulé : Al-tafnīd fī al-maǧmaʿ al-ʿanīd (réfutation du synode entêté).
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De retour à Alep, Dabbās commença à persécuter les procatholiques. ʿAbd Allāh Zāḫīr fut
obligé de quitter Alep en novembre 1722 et fit plusieurs séjours au monastère Saint-Jean-
Baptiste à Khenchara, au couvent maronite de Louaïzé et au couvent des jésuites à
Aïntoura où résidait le Père Pierre Fromage. Durant son dernier séjour au couvent Saint-
Jean, Zāḫir commença à construire une grande salle pour abriter une imprimerie. Il y
retourna définitivement en 1731 et acheva la mise en place de l’imprimerie en 1733.
Les Annales choueirites
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relatent qu’en 1727, Zāḫir prit la décision d’établir une
imprimerie et se rendit à Alep pour acquérir les équipements nécessaires.
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Cette déclaration
pourrait suggérer que certaines des polices de caractères et des matrices utilisées par Zāḫir
semblent avoir été transmises d’Alep à Khenchara.
D’après la biographie de Zāḫir, après avoir quitté Alep, Zāḫir s’installa dans l’un des
villages de Kesrouan au Liban, où il entame la création de sa propre imprimerie avec le
soutien d’un joaillier. De retour à Khenchara, il transporte avec lui ce qu’il avait déjà
accompli et achève la mise en place de l’imprimerie.
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Les Annales choueirites ajoutent que
son cousin, le Père Niqūlāwus Ḧāyiġ, a assigné le moine Yuwākīm Muṭrān pour assister
Zāḫir dans l’établissement de l’imprimerie.
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L’imprimerie est active entre 1733 et 1899.
Nous comptons 33 livres publiés par cette imprimerie dont 22 au XVIII
e
s. Certains livres
ont été réédités plusieurs fois selon le besoin.
Corpus du XVIII
e
siècle
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Ce synode a été présidé par le patriarche œcuménique Jérémie III avec la participation du patriarche
d’Antioche Aṯanāsiyūs Dabbās, du patriarche de Jérusalem Chrysanthe I
er
et de douze évêques. Il visait à
combattre les idées propagées dans le livre d’Aftīmiyūs Ḧayfī Al-dalālah al-lāmiʿah. Le synode de
Constantinople dresse un formulaire de foi mettant en évidence les points fondamentaux séparant les
deux Églises grecque et latine. En 1723, Dabbās les traduisit en arabe, tout en les abrégeant, et les envoya
à Alep. Asad RUSTUM, Kanīsat Madīnat Allāh Anṭākyah al-ʿuḏmā 3, (Jounieh : Al-Maṭbaʿah al-Būlusiyya
1988), p. 132 ; Aurélien Girard, Le christianisme oriental (XVII
e
-XVIII
e
siècles). Essor de l’orientalisme catholique
en Europe et construction des identités confessionnelles au Proche Orient, Thèse de doctorat, École Pratique des
Hautes Études, Paris, 2011, pp. 535, 620, 624, 640.
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Composé en 1723 à Khenchara, cet ouvrage traite des questions débattues entre l’Église grecque et
l’Église latine. Il est constitué d’une préface, de trois chapitres et d’une conclusion. Il défend la primauté
romaine, le filioque, le pain azyme, le purgatoire et la vision béatifique des saints. Zāḫir en composa aussi
un abrégé qui fut édité deux fois à l’Imprimerie catholique en 1865 et 1884.
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Les Annales choueirites sont un long récit qui détaille, année par année, les grands événements concernant
l’histoire de l’Ordre basilien choueirite, le patriarcat d’Antioche, plusieurs archevêchés ainsi que l’histoire
civile. Cf. Charbel Nassif, « La scission de 1724 et ses répercussions jusqu’en 1729 racontées par les
Annales chouérites », in : Ronney El-Gemayel, Bernard Heyberger, La division du patriarcat grec d’Antioche -
Trois siècles plus tard (1724-2024) - Rétrospectives et prospectives (Beyrouth & Rome : CEDRAC & PIO, 2024),
parution prévue en 2024.
13
Nous nous référons au manuscrit
conservé au monastère Jean-Baptiste à Khenchara au bureau de l’archimandrite Boulos Nazha (p. 22).
14
Yūsuf Ḧāʾiġ, « Tarğamat ḥayāt al-faylasūf al-šammāsʿAbd Allāh Al-Zāḫir », Al-Masarrah 34 (1948), p. 388.
15
Khenchara, Annales choueirites, p. 51.