
P. Nguyen Thi Cuc, D. Vu Van, Q. Kieu Thi Thuy et H. Nghiem Thi Thu 363
Hikma 21 (2) (2022), 347 - 380
chaque partie mais il est encore la personne qui explique les différences
culturelles, sociales, politiques…, qui essaient de minimiser les conflits
potentiels dus à ces différences ou au langage pour une compréhension
mutuelle et une ambiance de travail constructive des rencontres.
Évidemment, l’interprète n’a pas la responsabilité des orateurs qui mènent
une conversation ou une négociation. Il a pour tâche de respecter le vouloir-
dire des orateurs avec toutes les nuances liées à l’humeur (joie, colère,
conviction…) mais dans la culture vietnamienne où on évite les conflits directs
en face à face, la plupart des interviewés ont indiqué avoir choisi des
expressions atténuant la colère ou les conflits. Il y a un cas où le rôle
d’intermédiaire de l’interprète de liaison a été poussé à l’extrême quand
l’orateur vietnamien n’a pas posé lui-même des questions au partenaire
étranger au début d’une rencontre de courtoisie, mais il a demandé à
l’interprète de le faire à sa place. En réalité, l’orateur a été embarrassé par
une culture qu’il ne connaissait pas et avait peur de commettre des erreurs.
L’interprète a donc dû trouver des sujets de la conversation qui pourraient
intéresser les deux parties et l’orateur vietnamien a repris son rôle après une
dizaine de minutes. Ce n’est qu’un cas particulier mais les interprètes
reconnaissent tous que, dans les rencontres de travail, les orateurs ont besoin
de leur aide, des explications « en marge » des discours officiels, pour mieux
se comprendre l’un et l’autre.
Connaissances de l’interprète
En ce qui concerne le savoir de l’interprète, 100 % des interviewés ont
considéré que les connaissances langagières étaient les plus importantes et
les plus indispensables. Ces connaissances sont variées : phonétiques,
lexicales, grammaticales, stylistiques, pragmatiques. L’interprète doit bien
maîtriser non seulement la langue étrangère, mais encore la langue
maternelle, le vietnamien. Trois répondants ont proposé même des cours de
vietnamien avancé à l’université pour que les apprentis interprètes puissent
saisir et utiliser efficacement les nuances, les styles, les expressions figurées.
Au Vietnam, les interprètes travaillent toujours dans les deux sens : langue
étrangère – vietnamien et vietnamien – langue étrangère parce que peu
d’étrangers parlent bien vietnamien. Pour cette raison, la maîtrise des deux
langues est importante.
Après les connaissances langagières suivent les connaissances
encyclopédiques, dont celles sur les cultures des deux langues de travail et
les connaissances spécialisées des domaines et des thèmes à interpréter.
Pour les interprètes qui travaillent dans une entreprise ou une ambassade,
ces connaissances pourraient être répétitives et concernent un ou quelques
domaines restreints. Au contraire, celles-ci sont très variées pour les
interprètes travaillant dans des organisations dont les activités couvrent